Le Livre qui fait dire oui/Les immigrants

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Contributeur initial Pierre-Alain Hoh
gestionnaire de projets et immigrant

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Les immigrants sont des Québécois. Au même titre que les autres Québécois, ils veulent une vie heureuse et stable, un environnement sain et sécuritaire, des occasions pour eux et pour leurs proches ; ils veulent un emploi, un toit et un avenir pour leurs enfants.

En somme, les immigrants sont des Québécois comme les autres. Enfin, presque. Car l’immigration amène son lot de défis. L’un des plus importants est sans conteste l’accès à l’emploi, un enjeu central de l’intégration[1]. Le chômage est bien plus prononcé dans la population immigrante — en 2009, au Québec, le chômage dans la population immigrante était de 13,7 %, comparativement à 7,6 % pour la population née au Canada —, et ce, malgré un niveau de scolarité plus élevé que dans l’ensemble de la population[2]. En 2006, il y avait 51% de diplômés universitaires parmi les immigrants arrivés au Québec depuis moins de cinq ans, contre 16,5 % dans l’ensemble de la population[3].

Nous l’avons vu notamment dans les chapitres sur l’économie et sur le français, une partie de notre échec à intégrer adéquatement les immigrants est due aux barrières que nous impose notre appartenance au régime canadien. L’indépendance sera l’occasion de faciliter l’intégration des immigrants à la communauté nationale.

L’intégration au monde du travail

L’intégration est le fondement de la réussite pour les immigrants. Notre dépendance nous empêche toutefois de créer des services adéquats pour que ceux-ci s’intègrent au monde du travail. Avec la marge de manœuvre que nous permettra de dégager l’indépendance, des services adaptés aux besoins de l’immigration verront le jour pour rattacher les immigrants aux entreprises et aux milieux de travail[Notes 1], et pour rapprocher les immigrants des emplois[4]. Ce genre de mesures d’intégration profitera aux immigrants, pour qui l’emploi est une clé de l’intégration, mais produira également des conditions économiques favorables à la création d’emplois.

L’intégration à la communauté nationale

L’intégration à la société d’accueil passe également par l’identité. Selon l’Accord Canada-Québec en matière d’immigration et d’admission temporaire des aubains, le Canada a le pouvoir, notamment, de déterminer les niveaux d’immigration, d’en définir les catégories, d’octroyer le droit d’asile, la résidence permanente et la citoyenneté, d’autoriser les séjours temporaires[5]. Nous n’obtenons, dans ce domaine, que des miettes. Le régime canadien dispose ainsi d’un énorme pouvoir d’attraction, de visibilité et d’influence auprès de la population immigrante. Même si nous sélectionnons nos immigrants, c’est bien le Canada qui est responsable de leur admission et qui leur délivre leur visa. Une fois sur notre territoire, ils sont accueillis et accompagnés par le gouvernement canadien tout au long de leur processus d’intégration, jusqu’à l’obtention de leur citoyenneté canadienne.

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Or, il suffit de lire le guide d’étude Découvrir le Canada, que tout candidat à la citoyenneté canadienne doit étudier, pour être convaincu de la fausse représentation que donne Ottawa de son pays aux nouveaux arrivants en matière de langue, de culture et d’économie[6]. Ainsi, le Canada attire de nombreux immigrants vers sa culture, sa langue anglaise majoritaire et sa vision de l’histoire, des institutions, etc. Les immigrants, pris entre cette vision diffusée par le Canada et la réalité de leur vie au Québec, sont tiraillés[7]. Comme le montre le graphique de la page suivante, lorsqu’il est question d’identité, les allophones s’identifient avant tout comme Québécois et Canadiens au même degré, contrairement aux autres Québécois.

Pris entre leur réalité quotidienne et le pays que leur a présenté le gouvernement du Canada, les immigrants se posent la question légitime de leur appartenance[8]. La forte représentation canadienne de même que notre ambivalence nationale, très bien caractérisée par le référendum de 1995, contribuent à notre difficulté d’attirer les immigrants. Ceux-ci ne se mêlent pas à la nation autant qu’ils le pourraient et n’apportent pas toute leur contribution possible à sa cohésion. Indépendants, nous pourrons toutefois nous assumer définitivement et contrôler tous nos leviers, qu’il soit question de culture, d’économie ou d’immigration. Cette affirmation sur tous les plans sera attirante pour les immigrants et constituera le véhicule d’une meilleure intégration à la nation québécoise.

La langue

Le Québec reste de loin la province canadienne avec le plus faible transfert linguistique vers la langue de la majorité pour les immigrants, à environ 50 %[9]. Le français ne cesse de reculer au Québec, notamment dans les milieux de travail[Notes 2]. Or, une nation qui ne s’affirme pas n’attire pas les immigrants ; ceux-ci doivent se sentir concernés par la langue française, et pour cela il faut que les Québécoises et les Québécois assument sans détour la place que celle-ci doit prendre. Indépendants, nous pourrons mieux choisir nos politiques d’immigration, mais aussi assurer au français la place qui lui revient auprès des immigrants en améliorant la francisation et les services de francisation qui leur sont offerts. Nous pourrons ainsi assurer la pérennité de notre langue, sans quoi celle-ci continuera son lent déclin accentué par les politiques d’immigration récentes, tandis que tous les scénarios prévoient une baisse significative du poids du groupe francophone au Québec d’ici à 2056[10].

Bâtir ensemble le pays

L’indépendance est une occasion de rassembler les immigrants et les autres Québécois autour de l’établissement de valeurs communes et de l’élaboration d’une Constitution pour notre pays. Avec leur bagage singulier, leurs expériences et leur culture, les immigrants constituent un apport unique et précieux pour le Québec. On peut penser aux cuisines ou aux produits de diverses origines qui se multiplient dans nos villes, mais les immigrants peuvent aussi nous transmettre d’autres visions de l’éducation, de la famille, de leur profession ou de l’entrepreneuriat. Il existe par exemple une Chambre de commerce latino-américaine du Québec dont l’une des missions est d’accroître les échanges entre le Québec et l’Amérique latine[11].

En raison de leur taux de chômage élevé malgré leur niveau de scolarité supérieur, de l’ambivalence identitaire au Québec et du faible transfert linguistique vers le français, les immigrants québécois sont parfois déphasés par rapport à leur société d’accueil, ce qui nuit à leur intégration. L’indépendance sera une chance unique de redéfinir notre société. Elle permettra à notre État d’être maître d’œuvre du processus d’immigration et de citoyenneté, de développer le sentiment d’appartenance des immigrants à la société québécoise et d’améliorer leur participation à notre vie démocratique. Mais l’indépendance, surtout, leur ouvrira les possibles. Elle leur donnera la chance de fonder un pays.

Prochain chapitre : Conclusion

Références

  1. Bélanger, Isabelle-Anne. « Nos immigrants qualifiés affrontent ignorance et mépris », La Presse, 30 sept. 2009: Opinions. 20 juin 2015.
  2. Québec. Institut de la Statistique du Québec. « Participation des immigrants au marché du travail en 2009 ». Institut de la Statistique du Québec : tableau 1, p. 16. 20 juin 2015.
  3. Gagné, Robert. « Scolarisation universitaire : Le Québec en retard depuis 50 ans », Les Affaires,10 févr. 2013. 20 juin 2015.
  4. Radio-Canada. « Une petite séduction pour chercheurs d’emploi en Beauce », Radio-Canada, 17 juin 2015. 20 juin 2015.
  5. Québec. Ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion. « L’immigration au Québec. Le rôle du Ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion et de ses partenaires. Document de référence » Ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion Deuxième partie. Le partage des responsabilités entre le Québec et le Canada, déc. 2014. 20 juin 2015.
  6. Canada. Citoyenneté et Immigration Canada. « Découvrir le Canada. Les droits et responsabilités liés à la citoyenneté », Gouvernement du Canada : Citoyenneté et Immigration Canada. 20 juin 2015.
  7. Citoyenneté et Immigration Canada. Analyse de la recherche sur l’opinion publique – Cyberbulletin – mars 2011. « L’identité du Québec en 2011 : l’attachement, l’identité et la diversité ». Citoyenneté et Immigration Canada, mars 2011. 20 juin 2015.
  8. Jedwab, Jack. « L’identité du Québec en 2011 : les attachements, l’identité et la diversité », Association d’études canadiennes, 2010. 20 juin 2015.
  9. Québec. Office québécois de la langue française. Perspectives démolinguistiques du Québec et de la région de Montréal (2006−2056). Gouvernement du Québec : Office québécois de la langue française, 2011.
  10. Québec. Office québécois de la langue française. « Perspectives démolinguistiques du Québec et de la région de Montréal 2006–2056 », dans Portrait démolinguistique, Québec : Office québécois de la langue française, 2011. 20 juin 2015.
  11. Chambre de commerce latino-américaine du Québec. « Mission de la chambre ». 20 juin 2015.

Notes

  1. Une initiative a pu démontrer le succès d’une telle approche en Beauce en juin 2015, où on a amené des immigrants directement aux entreprises ayant des emplois à leur offrir.
  2. Il est soumis à la loi du nombre, mais également, et cela est plus grave en regard de l’immigration, à l’affaiblissement, par le régime canadien en place, des institutions publiques et de leur rôle dans sa préservation, comme l’expose le chapitre sur le français.